MICHAEL VIALA
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© Michaël Viala

Les sculptures de Michaël Viala sont des modules en contre plaqué brut ou peint, qui viennent se greffer à l’espace d’exposition pour le rendre « praticable ». Telles les solutions inventées par les skateurs pour faciliter l’accès à l’espace urbain, elles s’approprient l’espace en occupant ses creux, tronquant ses angles ou prolongeant ses verticales par des pentes. Ainsi, certaines sculptures reprennent des fragments de pistes de skateboard, tandis que d’autres s’inspirent davantage des spots, structures de skate improvisées en matériaux de récupération. Dans une exposition, ces oeuvres constituent un possible terrain de circulation, invitant le visiteur au déplacement.

Pourtant, par leur simplification et leur facture, ces formes aux couleurs vives et satinées peintes à l’aérosol renvoient à la tradition de la sculpture minimaliste et affirment leur statut d’oeuvres. Celles de l’exposition collective Lindre 03 en janvier-février 2004 (Espace d’art contemporain Castel Coucou de Forbach) renforçaient ce sentiment par leur couleur et leur finition. Trois éléments géométriques blancs et mauves (Sans titre) et une peinture murale violette (Module) prolongée au sol par une plaque en contre plaqué de la même couleur, revêtaient un aspect précieux, empêchant toute utilisation.

Si Michaël Viala s’inspire de la street culture, c’est pour n’en garder qu’un élément, un module abstraitisé, vidé de sa charge sociale. Le dispositif de skate est ici réduit à sa plus simple unité, suffisante pour en imaginer l’utilisation. Sa fonctionnalité est fantasmée. Tout l’enjeu du travail de Michaël Viala se situe précisé- ment dans cette « praticabilité » de la sculpture, dans un va-et-vient entre sa physicalité et sa force d’évocation mentale.

Marianne Lanavère, texte paru dans le catalogue de l’exposition Lindre 03, centre d’art contemporain la Synaguogue de Delme.