MICHAEL VIALA
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© Michaël Viala

Michaël Viala – MODULE par Sabrina-Ambre Biller, 2011.

Un module est un élément unitaire permettant, en combinaison avec d’autres, de constituer un en- semble. On retrouve ainsi de manière conjointe les différents aspects permettant d’aborder cette notion de module d’un point de vue étymologique et réflexif en décryptant la démarche de l’artiste, tout au long de ce billet.
En partant du mot module, issu du latin modulus – la mesure, la règle – et de son diminutif modus – la mesure, la dimension, la proportion – la réflexion accroche son point d’ancrage afin de saisir les axes de la démarche artistique de Michaël Viala.
Ainsi les modules de l’artiste sont élaborés à partir d’un objet unique, mais ils peuvent être aussi en relation avec une pluralité d’objets agencés.
La modularité ainsi opérée permet d’en déterminer les possibles, et les axes. Éléments juxtaposables et adaptables à d’autres de même nature ou concourant à une fonction similaire.
Quelle en est l’origine ? Quel rapport existe-t-il entre le « module » composé d’un objet unique ou celui répondant à l’agencement de multiples objets ? L’agencement modulaire détermine les possibilités en induisant ce que l’on peut faire dans un espace donné.
Pour Michaël Viala, tout a débuté avec sa pratique du skateboard, au cours des années 80. Celle-ci va être intrinsèquement liée à son travail artistique. Elle a été déterminante dans son regard et sa manière d’appréhender le monde en se focalisant par cette pratique sur la façon de s’approprier et occuper l’espace urbain. Portant ainsi son regard sur des détails architecturaux, croisant ainsi les éléments de son environne- ment, les utilisant sous forme de tremplin, il en réinvente ainsi l’usage et la fonction.
Si cette approche textuelle reste chronologique, c’est qu’elle a toute son importance dans son cheminement artistique et qu’elle est liée à sa démarche contemporaine.
Les premiers travaux et questionnements croisant cette réflexion sur les « modules » furent la mise en oeuvre d’un prélèvement de l’espace urbain réalisé en vidéo en 1998, avec l’utilisation d’une caméra super 8.
Michaël Viala s’inscrit ainsi, à la manière des explorateurs du XVIIIe siècle, comme un observateur qui catégorise le monde qui l’environne. Il réalise ce processus sous forme de catalogage, image par image, de tous les éléments praticables en skateboard. Cette réalisation portera le nom de « spot ». Il peut s’agir d’un élément précis, d’un plan incliné, de trois marches, de tous lieux de l’espace urbain où la pratique du skateboard est possible. Cette diversité de formes et de lieux soumis aux regards semble anodine, imperceptible auprès du néophyte. Cependant, par cette démarche de déplacement cartographique, l’artiste nous suggère un autre regard d’occupation de l’espace urbain que nous traversons continuellement.
Ce sont donc les éléments assemblés qui permettent, au travers de la déambulation dans la ville, de tourner autour, d’en faire repérage sans pour autant en faire usage « je tourne autour de ces éléments sans planche... ».
Lorsque l’on rencontre la première fois les volumes de Michaël Viala, on ne peut que constater qu’ils sont historiquement reliés aux formes développées par l’avant-garde minimaliste lors des années 60 – 70. Ce qui nous permet de nous détacher de cette époque sont les notions physiques et formelles émanant de ceux-ci car ces différents volumes nous sont donnés à la vue et à la pratique.
Même si l’on considère que la pratique du skateboard représente une intersection avec sa création artistique, les volumes agencés au sein de l’exposition – de par leurs combinaisons modulaires – posent la problématique de l’accrochage et de la circulation.
Interrogeant ainsi par ce déplacement le rôle et l’enjeu d’une exposition, il questionne les fondements et la fonction d’une pièce mise en expo dans un lieu spécifique tel qu’une galerie d’art, musée,...
Ainsi le lieu où cette mise en espace s’opère détermine la circulation et les différents points de vue, tout en donnant des perceptions modulables dans leurs fonctions par jeux de combinaisons qui trouvent ainsi leur finalité dans l’accrochage.
Les premières pièces de Michaël Viala sont des modules autonomes posés à même le sol. Par la suite, ses réalisations vont être orientées très rapidement vers des paramètres intrinsèques à l’espace et au lieu générant ainsi des protocoles pour l’oeuvre créée « in situ ».
Ceux-ci sont des volumes que l’on peut pratiquer, dans un cadre où ils sont comme décontextualisés, un paradoxe prend place face à leurs réceptions et à leurs appropriations. Il s’en dégage une translation et corrélation dans le processus créatif. Ce qui interpelle est cette jonction entre l’espace praticable et la pratique de l’espace. Ainsi le déplacement entre les modules surl esquels on peut se mouvoir, permet un basculement pour interroger l’espace qui se trouve entre et autour.
Produire une œuvre reste pour Michaël Viala une proposition modulable, un parti pris ; les données étant générées par le lieu permettent une flexibilité de la forme finale. Les éléments peuvent être positionnés sur différentes faces induisant un changement de configuration et de perception, le lieu devient alors une sorte de terrain de jeu où la forme module devient elle-même la pièce centrale de ce jeu.
Le glissement opéré permet d’être resitué à l’autre. Éléments dans leurs fonctions sont ainsi, par ce jeu d’agencement dans l’espace, liés à notre déplacement et notre perception, interrogeant et questionnant la fonctionnalité même de l’objet qui est soumis en regard.
C’est ainsi comme le présente Michaël Viala que « le monde environnant est constitué d’architecture et d’espace, de modules agencés entre eux, et ceux-ci de manière modulaire... »