MICHAEL VIALA
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© Michaël Viala

Au même titre qu’une approche géographique, locale par exemple, la notion de jeune artiste est ridicule et souvent dénuée de sens.
Pour autant, si les oeuvres présentées sur les pages qui suivent nous apparaissent bonnes, excitantes surtout, c’est en partie — en partie seulement — pour leur positionnement et les relations qu’elles entretiennent avec l’histoire de l’art assez récent dans un contexte actuel. Que le lecteur se rassure, la perception historiciste ne saurait être comprise comme un argument justificatif, des oeuvres ou d’un effet de génération, mais, simplement, comme une très rassurante lecture possible, qui ne suffit sans doute pas, d’ailleurs, à rendre cohérente la proximité de ces images et de ces textes.
Dès lors, apparaît-il utile de signaler que Michaël Viala, Julien Crépieux et Mark Geffriaud sont fraîchement issus, respectivement, de l’École des beaux-arts de Nîmes, pour le premier, de celle de Montpellier pour les deux autres ?
Les enjeux du travail de Michaël Viala se situent explicitement dans le prolongement des expériences minimalistes historiques. Simplicité, littéralité, aspects géométriques et modulaires peuvent caractériser les oeuvres en volume d’échelle humaine à l’origine de ce travail, qui suscitent ainsi chez le spectateur des réactions, physiques et intellectuelles, touchant à l’expérience directe de leur perception dans l’espace réel. La forme et la mise en place de ces pièces peuvent rappeler qu’elles furent parfois pensées en référence aux structures modulables utilisées pour la pratique du skateboard. Sans qu’il ne s’agisse de répliques ou de véritables transpositions, c’est presque innocemment qu’elles génèrent ainsi des interrogations sur les notions de circulation, de parcours, mais aussi sur leur éventuelle fonctionnalité ou praticabilité.
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Les dessins (R0261-R0226) et les images (Spots, La Défense) présentés ici, extraits de bandes vidéo, poursuivent par d’autres voies l’exploration des relations avec l’espace, public et urbain désormais. Le spectateur est invité à observer des éléments architecturaux et urbanistiques, choisis par l’artiste en fonction des possibilités qu’ils offrent aux skateurs, ponctuant un cheminement, une excursion, dans une ville ou un lieu précis et identifiés. La confrontation n’est plus alors vécue directement, comme une expérience spatiale et temporelle, mais transmise, c’est-à-dire documentée, par l’appareil d’enregistrement numérique. La temporalité de type théâtral dénoncée en son temps par Michael Fried (1967) à propos de l’art minimal «littéraiste» laisse donc place à une expérience plus instantanée, et plus strictement visuelle, qui correspond à une situation qui n’inclut pas nécessairement le spectateur. Vous ne serez pas amenés à bouger, amis lecteurs.
Les points de vue sur ces spots — praticables, mais a priori non pratiqués, encore, par vous — sont ceux d’un usager particulièrement attentif et lucide de l’environnement urbain. Ils nous sont imposés, mais documentent et analysent de manière très complète des fragments de la cité parmi les plus banals, qui, initialement, ne sont pas prévus pour codifier l’espace. Ces données enregistrées, pour systématiques et objectives qu’elles puissent paraître, ne donnent pas véritablement naissance à des typologies. Elles ne tendent d’ailleurs pas à l’exhaustivité et ne sont pas rigoureusement sérielles, dans la mesure où elles ne répondent à aucune volonté d’archivage ou d’archéologie. Les deux images traitées avec un logiciel de dessin vectoiel, qui élimine au maximum tout contexte et tout détail pouvant enraciner cette construction dans un flot de vécu et de subjectivité, ne doivent, à notre avis, pas être vues non plus dans une perspective comparatiste. Leur autonomie témoigne d’une forte tension entre deux éclairages : la relation qu’entretient l’élément décrit avec la ville et la saisie d’une forme sculpturale isolée, une préoccupation de type documentaire et la mise en valeur d’éléments familiers, le plus souvent collectifs, que chacun peut s’approprier, esthétiquement ou fonctionnellement. Grâce à ses obstacles, la ville deviendrait donc praticable, et poétique ?.......

Extrait d’un texte de Patrick Perry, Offshore n°7